Douarnenez

Composer
lentement patiemment
l’ouvrage de cette cosmogonie
intérieure extérieure

Pétrie
pétrie d’un empressement féroce à rencontrer la chance,
à serrer moi aussi mon bonheur,
je suis ce paysage enfiévré de bleu :
ciel,
mer,
yeux,
et puis cette lune descendante à ma fenêtre.


L’énergie qu’il advient de déployer
pour se mettre en travail
pour se mettre un début de mèche
de dynamite
qui brille dans la nuit.

Pas savoir par où entrer
dans cette forteresse poétique,
cette écriture qui a faim de ma propre vie
quand est-ce que je plonge dans la voie lactée
du travail d’arrache-pied
pour un recueil,
pour un roman,
pour un poème,
pour une seule phrase
longue et brûlante,
une phrase fiévreuse et assumée
qui déroule le tapis innocent
de mon grand rêve.

Réinvestir mes espoirs forts,
mes énergies braillantes et originales ;
réinvestir mon corps de cette lumière bleue
il advient alors
que ma couronne de honte
se transforme
en une parure de joie
calme et élémentaire.

Devient
un cheminement de rêves le long de la mer,
une chorale de flammes,
une vibration commune.

Nous sommes
les rescapés du festif,
ouverts à toute sauvagerie alcoolémique,
ouverts aux gavottes délires,
aux chants foutraques,
ouverts de nuit et de mer
poumons grands ouverts.


Saveur
de la fête démentielle,
de la fête primaire,
rendue aveugle par les verres,
rendue sourde par les chants qui circulent,
par cette poésie cinglante et ulcérée qui dit
« Urgence, nous voulons vivre. »

Chute libre
de ne pas savoir
qu’éternuer.
Un risible sommeil de plomb.
Ajuster ses tendresses.


J’ose croire que je suis capable
de planter des arbres,
de souffler sur les braises des huttes,
de vivre les soins d’enterrements
de la plante des pieds.
Jongler les feux des dômes du crâne.


J’ose croire à la nuit,
au repos inégalé de la mort
et du retour de l’âme à la Terre.

Je m’en vais au sommeil,
pleine de gravures sommaires.
Des cernes en forme de fleur,
ces grosses roses rouges qu’on recueille sur les trottoirs,
je me les mets dans les cheveux,
je les mets pour éponger mon front,
après les marches merveilles
des Roches
aux horizons tapageurs,
ici, demain, encore.

Il y a la lévitation promise,
un jour,
avec les étoiles.

Alors je ne sais pas où la vie m’emmène,
me projette,
me subjugue,
m’entourloupe.


Je me laisse balader
et la balade 
est innommable.

Le serpent né

A l’œuf, la lourde étape glaciaire.

Nous le sentions le frisson du froid ;

abolies les joues rouges et les sourires aux oreilles.

A l’œuf, les simagrées enturbanné de plastique ;

matière imperméable du souci rendu vénérien.

La maladie qui crisse et qui ne salue même pas sa mère –

qui est cette colère, la terreur éclose.

Un long vandalisme des intimités, des tumeurs de la sensation.

A l’éclosion de la fleur, lotus dans le poumon, né du marasme.
Rareté de la maille, qui se détisse, qui maintient la coupure.

On sangle, on cisaille.

Et puis quoi ? La pagaille opportuniste, la solidarité sécable.

Se réunir d’impossibles promesses,

se réunir de ne loger plus aucune once d’empathie.

Inconnus que nous étions.

Nous sommes des orages, un masque à la plaie.

A l’éclosion le serpent naît. Glissement sournois, aux interstices.

Envieux du trouble, en bon silence.

Le serpent glisse comme nous à la pente raide du futur.

Eboulement des possibles en un  champ de déchets – peur terreur panique.

Rejet, individus oubliant leurs poussières.

Et puis quoi ? Chamaillerie du siècle, nous muselés,

nous, bafoués jusqu’à l’énigme d’être en vie.

Et puis quoi ; la rage, l’indignation, ne pas se ranger,

ne pas devenir un meuble. De l’indifférence, la victoire.

A l’éclosion déjà tue, le serpent qui glissait qui feulait son drame réitéré.

Mes parents n’ont pas connu cette guerre.

Méritons-nous de reproduire la bêtise ?

Alors quoi, la blague d’un siècle à écrans quand la chair s’enterre seule ?

Quand les âmes meurent avant même le corps ?

Nous nous redressions de scandale et l’œil inculpé d’une méduse

ne pouvions voir notre propre reflet sans nous pétrifier d’indignation.

Obligations surréelles. Répressions d’émotions ; et cette peur qui règne,

qui bouffe, qui jouit.

Alors livrant la coquille aux autorités nous avons signé nos fronts des dernières médailles qui nous restaient. D’honneur, nous voulions extirper le courage.

Et puis quoi le serpent dévorait jusqu’aux souches de la splendeur, affaiblissait familles de l’intérieur sans s’inquiéter des regards noirs vers les semblables,

sans se soucier du frisson le premier qui persistait à l’épiderme.

Rage de l’amour, contorsionné.

Mais quoi, nous savons comme nous sommes chéris.

Maladie d’humanité, nous sommes abîmés d’être en vie. Abîmes.

Nos racines sont faites de tous les symboles de nos morts et de nos frères et de nos sœurs. Et mère, et pères, bras ouverts encore nus de cet amour indicible.

Oui, nous sommes mortels. Oui, le passage est court. Oui, cette dignité se nourrit de tenir l’étincelle.

A mourir pour mourir, choisir l’amour. 

Réinvestir le réel de ses couleurs et ne pas garder blancs les crânes de

nos espérances. Nous protégeons nos pensées par l’humus, revenons à nous,

nous – ami.e.s.

Je ne parlerai plus de ce serpent qui va encore et qui s’engraisse de ce fascisme, de ces opportunités d’estomaquer la liberté. Sans le nier nous voilà face au ciel,

et il ne peut rien sur les constellations.

Nous voilà à l’apogée de la gangrène – qui n’est pas cette fleur au poumon mais bien la destruction lettre après lettre de la poésie.

Mais quoi, elle est notre tambour, la forme de notre cœur.

Nous voilà réunis sans amertume, nous sommes de passage ;

nous sommes en nombre.

Nous sommes capables de sérénité ;

qui n’est autre que l’invitation indomptable à enlacer ceux qu’on aime.

Sentant l’élan de paix avec lequel nous nous hissons.

A la vie.